Ce lundi, Tim Berners-Lee, le fondateur du World Wide Web (Web), et la
World Wide Web Foundation ont officiellement lancé un plan d’action pour
réparer Internet et nous empêcher de sombrer dans une « dystopie
numérique ». Le plan de Tim Berners-Lee est énoncé en neuf principes
différents, incluant la participation des gouvernements, des entreprises
et de tous les usagers du Web. Le plan, surnommé « Contrat pour le
Web » a déjà obtenu le soutien des géants de la technologie telle que
Facebook, Google, Microsoft, Twitter, etc., et de certains
gouvernements.
Le Web a été créé pour rassembler les gens et dans
le but de rendre les connaissances universelles. Cela a définitivement
changé le monde et amélioré la vie de milliards de personnes. Pourtant,
selon la World Wide Web Foundation, de nombreuses personnes n’ont
toujours pas accès à ses avantages et, pour d’autres, le Web entraîne
des coûts inacceptables. Pour remédier à tout ceci, en plus des nombreux
autres maux dont souffre le Web, Tim Berners-Lee et la World Wide Web
Foundation ont présenté une feuille de route pour construire un meilleur
Internet.
L’informaticien britannique a exposé pour la première fois sa vision d’une refonte de l’approche des organisations à l’égard d’Internet lors du Web Summit de l’an dernier. À l’époque, il disait que la toile était « à un point de basculement ». Le contrat qu’il propose appelle les entreprises à respecter la confidentialité des données des consommateurs et exhorte les gouvernements à garantir l’accès de tous à Internet. En général, le plan aborde les problématiques telles que la désinformation, la surveillance de masse, la collecte de données en masse et la censure.
Pour atteindre son objectif, il associe tous les acteurs d’Internet à
son plan d’action. « Le Web a besoin d’une intervention radicale de tous
ceux qui ont du pouvoir sur son avenir : les gouvernements qui peuvent
légiférer et réglementer ; les entreprises qui conçoivent des produits ;
les groupes de la société civile et les militants qui demandent des
comptes aux puissants ; et chaque utilisateur du Web qui interagit avec
les autres en ligne », a écrit Tim Berners-Lee dans un communiqué publié
dans le journal américain The New York Times (NYT).
Selon la
description du plan d’action, le Contrat pour le Web a été créé par des
représentants de plus de 80 organisations, représentant les
gouvernements, les entreprises et la société civile. Il définit
plusieurs engagements pour guider les agendas politiques dans le domaine
du numérique. Pour atteindre les objectifs du contrat, les principaux
acteurs d’Internet doivent s’engager à respecter les neuf principes
fondamentaux qu’il énumère. Ces principes sont essentiellement :
- principe 1 : les gouvernements doivent s’assurer que tout le monde puisse se connecter à Internet ;
- principe 2 : les gouvernements doivent tout faire pour garder tout l’Internet à portée de main ;
- principe
3 : les gouvernements doivent s’engager à respecter les droits
fondamentaux des personnes en matière de confidentialité des données en
ligne ; - principe 4 : les entreprises doivent prendre l’engagement de rendre l’Internet abordable et accessible à tous ;
- principe
5 : les entreprises doivent impérativement respecter et protéger la vie
privée des personnes pour établir une confiance en ligne ; - principe
6 : les entreprises doivent prendre le soin de construire des
technologies qui supportent le meilleur de l’humanité et défient le
pire ; - principe 7 : les citoyens doivent être collaboratifs et créatifs sur Internet ;
- principe 8 : les citoyens doivent construire des communautés fortes qui respectent le discours civil et la dignité humaine ;
- principe 9 : les citoyens doivent lutter pour le Web.
En gros, il est énoncé trois principes pour chaque acteur d’Internet.
Ensemble, les principes visent à garantir que tout le monde ait accès à
Internet et que la confiance dans le Web puisse être rétablie. Le plan
est soutenu par plus de 150 organisations, notamment des géants de
l’Internet tels que Google, Microsoft et Facebook, ainsi que des groupes
d’intérêt tels que Reporters sans frontières. De même, les
gouvernements allemand, ghanéen et français ont également manifesté leur
soutien au plan. Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Économie, a
aussi apporté son soutien.
« Je défendrai la préservation de
l’Internet libre que nous avons appris à connaître et à aimer ces
dernières décennies », a-t-il déclaré dans un communiqué avant le Forum
des Nations unies sur la gouvernance de l’Internet, qui se tient cette
semaine à Berlin. Berners-Lee s’est également prononcé ce lundi au
forum. Par ailleurs, le lancement du contrat arrive à un moment où les
entreprises technologiques comme Facebook et Google ont été confrontées à
une pression croissante liée à la quantité de données utilisateur
collectées et à la manière dont elles les collectent.
Le Contrat
pour le Web comprend des principes visant à empêcher cela, notamment
l’obligation pour les entreprises de respecter la vie privée et les
données personnelles des personnes. Si les entreprises ne montrent pas
qu’elles s’efforcent de soutenir ces objectifs, elles risquent d’être
retirées de la liste des bailleurs de fonds du projet. Des critiques ont
aussi souligné qu’il sera difficile pour Facebook et Google de
satisfaire à ses obligations, vu la longue de liste de scandales de
violation de données du premier et la grande dépendance de Google des
activités publicitaires.
« Le pouvoir du Web n’a jamais été aussi
menacé », a déclaré Adrian Lovett, PDG de la World Wide Web Foundation,
lors d’une interview accordée vendredi à CNBC. Il a ajouté que
l’augmentation des contenus haineux et des fausses nouvelles diffusées
en ligne signifiait que quelque chose devait changer. « Ce n’est pas que
nous ayons besoin d’un plan décennal pour le Web, mais nous devons
maintenant faire évoluer le Web », a déclaré Berners-Lee au The
Guardian, invitant tous les activistes du Web à se joindre à eux pour
lutter pour le protéger.
Le Contrat pour le Web, qui comprend 72
clauses en plus des neuf principes énoncés plus haut, offre une vision
commune du Web que la World Wide Web Foundation de Berners-Lee souhaite
voir se construire, ainsi qu’une feuille de route pour l’action. Enfin,
il fournit également un outil pour tenter d’obliger les entreprises et
les gouvernements à rendre des comptes. Néanmoins, l’on se demande
toujours si cela va suffire.
Source : Contract for the Web
L’article Tim Berners-Lee lance « Contract for the Web », un plan pour empêcher le Web de sombrer dans la dystopie numérique, est apparu en premier sur ISOC-MALI.
